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Actualités et opinions



 

Contre le COM et le crédit bail : explication

  • Pas un plan de développement pour l’AFP
  • Une menace pour ses missions et ses personnels
  • Porteur des germes d’un véritable plan social
  • Appuyé sur un expédient financier coûteux

Le Conseil d’administration (CA) vient d’approuver le Contrat d’objectifs et de moyens (COM) concocté par le PDG qui doit régir la vie de l’AFP et de ses personnels pendant les quatre années à venir.

Il est présenté comme une simple "feuille de route" non contraignante se limitant à fixer de grandes orientations et permettant le retour à l’équilibre d’ici 2007. Son financement s’appuie sur la vente par crédit bail du siège à une filiale de la CDC.

Cette présentation lénifiante cache mal les dangers et les insuffisances du projet.

Danger pour le personnel car la "baisse de coûts salariaux est privilégiée" pour le retour à l’équilibre, selon l’expert mandaté par le CE pour mener une analyse approfondie du budget 2003 et du COM.

Danger pour la mission mondiale de l’AFP car certains accords de partenariats risquent d’entraîner une logique de désengagement.

"Les accords conclus dans le cadre de World Business News (AFX) et avec GETTY INDUISENT POURTANT UN REPLIEMENT SUR L’EUROPE", selon l’expert.

Danger car il s’appuie sur un financement -le crédit-bail- "coûteux pour une entreprise en difficulté", note l’expert, et aventuriste car l’agence risque d’y laisser son siège historique.

Insuffisant, enfin, car aucune stratégie claire de développement de l’agence ne lui sert de support.

Le prochain CA aura pour seul ordre du jour l’élection du PDG (NDLR : lors de cette réunion, qui a eu lieu le 24 octobre, le conseil a réélu Bertrand Eveno à un deuxième mandat de trois ans).

Il est bien clair que ce n’est pas le problème du personnel.

QUEL QUE SOIT LE PDG, Bertrand Eveno réélu ou son successeur, C’EST LA POLITIQUE CONTENUE DANS LE COM ET LE BRADAGE DU SIEGE HISTORIQUE DE L’AFP QUE NOUS RECUSONS.

Pas un plan de développement pour l’AFP.

Le COM se présente comme un agglomérat de tableaux chiffrés et de pieuses intentions sans que n’émerge une ligne directrice claire.

Il faut dire que le premier mandat de Bertrand Eveno a révélé une incapacité de cette direction à définir une véritable stratégie pour l’Agence.

On a ainsi vu la direction surfer sur une succession de concepts -"priorité au sport"... les "filières"... sans jamais accorder les moyens nécessaires, ni aller au terme des projets.

Ou s’engager dans un projet coûteux, Global Ethics Monitor (GEM), développé en externe et quasiment sans consultation en interne, pour aboutir à la conclusion que ce produit ne peut exister "faute de marché", dixit Eveno.

Et sans oublier que la sortie de l’EPA, si elle pouvait se justifier d’un point de vue stratégique, s’avère pour le moins aventureuse en raison de la quasi absence de moyens humains et matériels investis au profit d’un partenariat de sous-traitance douteux avec GETTY.- Dépenses importantes qui n’ont jamais apporté l’ombre de revenus supplémentaires à l’agence.

Du coup, le COM se montre désespérément vide sur la stratégie qui permettra à l’AFP de renouer avec l’équilibre !

"Le COM présente les différentes activités de l’Agence MAIS NE DEGAGE AUCUNE PRIORITE", analyse la Commission financière de l’AFP dans un courrier adressé au PDG le 30 mai dernier.

"LA COMMISSION S’INTERROGE DONC SUR LA STRATEGIE QUI SOUS TEND LE PROJET", insiste l’organe de contrôle de l’Agence. Et nous donc !

Il est facile d’aligner des colonnes de chiffres pour les "objectifs chiffrés pluriannuels", mais encore faudrait-il qu’ils soient crédibles et appuyés sur une véritable stratégie d’entreprise.

D’autant que pour 2001, le PDG avait déjà prévu une progression du CA de 3,5% alors qu’il régressa de 2% -soit une erreur de 5,5 points d’une année sur l’autre- et que le timide 1,5% prévu cette année est encore contredit par un nouveau recul historique du CA de l’AFP.

De telles erreurs auraient dû inciter la direction à plus de modestie avant de présenter des prévisions de progression moyenne du CA commercial de 4,3% l’an pour la durée du COM.

"La Commission financière s’interroge sur le réalisme des prévisions de produits", assène la Commission dans le même courrier : tout est dit ! MAIS SI CES PREVISIONS NE SONT EFFECTIVEMENT PAS REALISTES -sciemment surévaluées- et ne se confirment pas, C’EST TOUT LE CHATEAU DE CARTES QUI S’EFFONDRE ET LE SIEGE HISTORIQUE DE L’AFP QUI EST DEFINITIVEMENT PERDU.

Une menace pour ses missions et ses personnels.

Si le Com ne contient pas de projet d’entreprise, il comporte une vraie logique d’industriel face au marché : comment réduire les coûts de production pour améliorer la marge ?

Dans une entreprise de presse, et donc essentiellement de main d’oeuvre, comme l’AFP cela revient à faire des économies sur la production journalistique.

"Je suis sur une tendance à faire moins de frais aux Etats-Unis parce que l’Europe est la priorité", avait déclaré Bertrand Eveno lors de la signature de l’accord GETTY, confirmant ainsi sa politique qui vise à faire de l’AFP une "agence mondiale POUR l’Europe".

"L’Agence doit devenir la première en Europe (...) ce qui implique d’être sélectif à l’international par souci de rentabilité", a-t-il ajouté (compte-rendu des représentants du personnel au CA).

Après avoir utilisé le terme de "sous-traitance" rédactionnelle lors de l’accord AFX, le PDG préfère maintenant parler de "délégation de couverture" (Figaro du 11 oct), mais il s’agit toujours de la même logique : l’AFP réduit sa couverture propre au profit d’une sous-traitance de son métier de base, la collecte de l’information.

Sans oublier les sous-traitances envisagées dans le domaine technique et administratif.

C’est une vraie logique de désengagement qui met en cause les fondements mêmes de l’AFP tels qu’ils sont définis dans l’article 2 de son statut : "l’Agence France-Presse doit, dans toute la mesures de ses ressources, assurer l’existence d’un réseau d’établissements lui conférant le caractère d’un organisme d’information à rayonnement mondial".

Le PDG entend poursuivre dans sa politique de "délégations de couverture", notamment en Amérique Latine et en Chine.

Cette logique purement comptable, d’industriel, de désengagement, est le genre de médecine qui conduit le malade à mourir guéri : LA "MARGE" SERA PEUT-ETRE RETABLIE, MAIS L’AFP NE SERA PLUS UNE AGENCE MONDIALE D’INFORMATION.

Sans oublier que cette politique a déjà un coût social très lourd avec le licenciement des salariés de statut local en Amérique Latine, les stringers photo aux Etats-Unis et les journalistes d’AFX (dont l’accrédité auprès du Trésor américain que l’AFP ne couvre ainsi plus !).

Porteur des germes d’un plan social

C’est la partie la plus hypocrite du COM.

On nous assure qu’il n’y aura pas de "baisse" de la masse salariale mais une "progression maîtrisée".

Selon le COM, la masse salariale de l’AFP passerait ainsi, sans CATS et dans le cadre d’une "progression maîtrisée", de 180,4 millions d’euros (ME) en 2002 à 202,9 ME en 2007.

Mais le cabinet Mazard, l’expert de la direction, atteste que la progression a minima de la masse salariale de l’Agence (coût de la vie, plan de carrière, prime d’ancienneté, A EFFECTIF CONSTANT) induit une hausse annuelle de 3,5%.

L’expert du CE a calculé que, sur ces bases, la masse salariale aurait dû passer de 180,4 à 214,3 ME, et non 202,9 ME comme prévu par le COM.

Soit un écart, un trou, par rapport à la "progression maîtrisée" de 11,4 ME en année pleine, en 2007.

Il n’y a pas de mystère : soit nous sommes toujours à "effectif constant" -ce à quoi s’est engagé le PDG-, et alors il y aura, au choix, abandon de l’indexation des salaires, gel du plan de carrière ou autres suppression du 13ème mois...

comme la direction l’a déjà expérimenté sur la filiale allemande AFP-GMBH.

Soit les salaires seront préservés mais l’effectif baissera à due concurrence de 11,4 ME ! Le COM est ainsi construit sur la base d’une vraie amputation de la rémunération du personnel ou sur un plan social important.

Ne pouvant contester ces chiffres, Bertrand Eveno tente de minimiser le poids de cette ponction : "cela ne fera qu’une dizaine de millions (d’économies sur la masse salariale) répartie pour moitié sur AFX et sur le reste de l’AFP".

Ben voyons ! L’expert relève qu’en cumulé, sur l’ensemble de la période, la ponction sur les salaires et/ou les effectifs atteindra 39,3 ME, une "contribution" du personnel très nettement supérieure à celle consentie par l’Etat qui n’excède pas 24,4 ME !

LES DETTES DE L’AFP, dues à l’incurie des directions successives, NE SONT PAS CELLES DE SON PERSONNEL.

D’autant que le personnel a déjà largement donné.

L’expert du CE souligne que la productivité du travail a sensiblement augmenté et "qu’un salarié de l’Agence génère 58% de chiffre d’affaires en plus en 2002 qu’en 1990".

Ce qui n’est pas le cas de tout le monde avec un Comité de direction pléthorique qui culmine maintenant à 22 personnes (bénéficiant toutes, qui plus est, des discrets "bonus" de fin d’année) pour entourer un PDG qui décide plutôt seul et dans le secret.

Et sans perdre de vue que les coupes sombres ont déjà commencé en 2003.

Le PDG se targue d’un début de rétablissement de la marge cette année en "oubliant" de préciser que cela se réalise, en dépit d’une nouvelle régression du chiffre d’affaires, uniquement en raison d’une baisse de la masse salariale de 3,7% en 2003.

Sans oublier que le budget 2003 a prévu les premières suppressions de postes de statut du siège (8), dont les postes créés au titre de l’ARTT chez les employés, et 2 ME de réduction sur le personnel temporaire sans oublier une baisse de 300.000 euros du budget piges.

Quant au CATS, il est définitivement mort et enterré et la direction envisage une "solution interne" qui fait craindre le pire sur la transparence des conditions de départs négociés, à la tête du client, et pour un coût astronomique de 17 ME, selon Bertrand Eveno.

Pour un gain de masse salariale ridicule, l’expert du CE ayant chiffré à seulement 1,1 ME l’écart en année pleine entre un budget avec CATS et sans CATS.

En clair, la vente du siège servira à rembourser les emprunts de l’Etat et à financer les départs dont, une fois de plus, on ne voit pas l’intérêt si ce n’est de ne pas remplacer les partants.

Appuyé sur un expédient financier coûteux.

Tout a déjà été dit sur la vente du siège : vente des bijoux de famille, l’AFP brade son seul capital...

Car il s’agit bien d’une vente même si l’AFP a la possibilité de racheter l’immeuble à l’issue de l’opération...si ses finances le lui permettent !

L’expert du CE souligne que "LE COUT DE LA CESSION BAIL EST IMPORTANT pour une entreprise en difficulté comme l’AFP, cela D’AUTANT QU’IL PEUT ETRE SENSIBLEMENT MAJORE EN CAS DE HAUSSE DES TAUX D’INTERET".

Selon l’expert le coût atteint 60 ME sur 12 ans et 72 ME sur 18 ans, pour un prêt de 40 ME.

Un financement à haut risque et pour quoi faire ?

"IL FAUT S’INTERROGER SUR LA CAPACITE DE L’AFP A REMBOURSER CET EMPRUNT," poursuit l’expert du CE, mais aussi sur l’utilisation qui en sera faite.

S’il aide à développer la richesse créée, il créera de meilleures conditions de remboursement.

OR, "ON PEUT REMARQUER QU’IL SERVIRA POUR UNE BONNE PART A REMBOURSER LES DETTES DE L’AGENCE, notamment à l’égard de l’Etat".

Et pour la part restante, à financer les départs !

La dernière trouvaille "rassurante" est de nous expliquer qu’il n’y a pas lieu de s’inquiéter car il s’agit d’une filiale de la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), une entreprise publique.

Le malheur, pour les tenants de la cession-bail comme solution miracle, est que la filiale en question fait partie d’un groupe, EULIA, qui "regroupe l’ensemble des activités du groupe Caisse d’Epargne et les activités financières concurrentielles du Groupe Caisse des dépôts" (site Internet EULIA).

On est d’autant plus dans le privé qu’une dépêche de l’AFP datée du 2 octobre annonce que "les Caisses d’Epargne vont acquérir la banque d’affaires publique Eulia-CDC" et que la constitution du nouvel ensemble s’est faite dans l’optique d’une cotation !

Et on imagine aisément le risque vital pour l’AFP si face à des difficultés de remboursement elle doit négocier avec un groupe coté en Bourse.

Même si cette introduction en Bourse ne se fait que dans quelques années, IL S’AGIT EN CLAIR D’UNE PRIVATISATION DES DETTES DE L’AFP.

Intersyndicale CFDT, FO, SNJ, SUD

le 16 octobre 2003