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Statuts locaux : halte à l’hypocrisie

Chaque période de conflit à l’Agence voit ressurgir de bonnes fées pour se pencher sur le cas des salariés de statut local. Intérêt dont malheureusement ces salariés ne bénéficient pas en temps "normal".

Et pourtant ils contribuent chaque jour, et dans des conditions souvent très difficiles, à la couverture mondiale de l’AFP. Mais dans un statut de précarité que ne cesse de dénoncer l’intersyndicale. Ils sont les premiers frappés par le plan d’économies décrété par la direction et ce dans l’indifférence quasi générale.

Ainsi les accords GETTY et AFX se sont traduits par une cinquantaine de licenciements aux Etats-Unis. Tous les salariés de statut local du bureau de Mexico ont de même été virés dans des conditions inadmissibles, la direction recourant au chantage et n’hésitant pas à prendre les premiers licenciés en otage pour faire capituler les derniers récalcitrants.

Le syndicat national des rédacteurs de la presse (SNRP) rapporte en substance le chantage auquel s’est livré la direction de l’AFP par l’intermédiaire de son avocat : "Ou vous acceptez de négocier immédiatement votre licenciement, et vous toucherez des indemnités ; ou vous refusez et vous serez licenciés sans indemnités. Dans ce cas, pour toucher vos indemnités légales, vous devrez engager un procès long et coûteux (durée moyenne deux ans), à l’instar de vos confrères mis à pied depuis six mois".

La direction n’a pas craint de prendre en otages les trois salariés déjà licenciés —un journaliste, un assistant de rédaction et un assistant technique— qui, eux aussi, profiteraient d’un règlement négocié, a fait valoir l’avocat. Ces trois anciens salariés, dont deux chargés de famille, étaient à la rue depuis six mois, sans indemnité, ni même une lettre de recommandation de l’AFP, indispensable au Mexique pour retrouver un emploi, ajoute le SNRP.

Autre exemple, celui d’une journaliste qui, après plusieurs CDD comme éditrice photo au siège, fut titularisée comme locale à Hongkong. Envoyée ensuite trois ans comme photographe à Djakarta, on lui proposa, après une année sabbatique de formation dans une université américaine, un poste temporaire de photographe à Jérusalem avec la promesse de l’obtention d’un statut du siège dans la foulée. Une locale de Hongkong "prêtée" à Nicosie, touchant son salaire en partie sur Nicosie, en partie sur Hongkong...

Et quand la promesse de titularisation fit long feu -"pas de budget, désolé, c’est le ’siège’", se sont contentés de lui répondre ses multiples responsables, "ou tu retournes à Hongkong et tu te tais, ou tu pars", elle a été ainsi contrainte à la démission.

Cela exprime bien la précarité du statut des locaux : ils n’ont d’autre choix que de se plier aux diktats successifs de la direction sans possibilité de se faire entendre.

La multiplication de ces cas, avec l’apparition notamment de postes sous statut "régional", qui n’existe pas juridiquement à l’AFP, et sans que soit défini le minimum de droits pour ces salariés, a conduit l’intersyndicale a demandé l’ouverture d’une négociation sur la définition d’un réel "statut régional".

La question a été posée officiellement à la direction lors de la réunion mensuelle des délégués du personnel journalistes (DPJ) du 17 juillet dernier.

Voici la réponse tout aussi officielle de la direction : "La direction déclare qu’elle est favorable à une négociation avec les syndicats sur la définition d’un statut "régional" à l’Agence. Elle estime qu’il est urgent de travailler sur ce projet".

Mais quand, lors de la DPJ suivante le 15 octobre les syndicats demandent que, sur la base de l’engagement de la direction, soit défini un calendrier de négociation permettant la définition d’un "statut régional" avec tous ses éléments (couverture sociale, carrières, mutations, droits du travail...), la direction renvoie à plus tard, estimant que c’est prématuré... C’est une vraie fin de non recevoir visant à maintenir ces salariés dans la précarité, réduits une foi de plus à dépendre intégralement du bon vouloir de la direction, sans aucune garantie.

En mars dernier, lors d’une Commission économique du CE, le PDG avait parfaitement résumé cette logique : "Les statuts du siège sont protégés, mais les locaux trinquent"...

Dans le cadre de la consultation sur la mise en oeuvre d’une journée "AFP morte" le 4 novembre, l’intersyndicale s’est posée la question d’étendre le vote aux salariés de statut local. A cette fin, elle a demandé à la direction de fournir une liste d’émargement.

Première interrogée, la direction des ressources humaines a dit ne pas en disposer, et qu’il fallait la demander à la direction financière.

Contactée, celle-ci a répondu ne disposer que d’une liste de "postes" sans savoir s’ils étaient occupés et par qui. En clair, l’AFP ne sait pas qui elle emploie et les postes locaux sont dépersonnalisés.

Cela donne une bonne image de la considération apportée par la direction de l’Agence aux salariés locaux.

Par ailleurs, des salariés de statut local ont contacté l’intersyndicale pour exprimer les pressions multiples qu’ils subissent et l’impossibilité dans laquelle ils sont de pouvoir exprimer librement et sans risque leur avis sur la situation de l’Agence et le mot d’ordre de grève.

L’intersyndicale a entendu leurs inquiétudes et estiment que seuls les salariés de statut siège peuvent s’exprimer dans cette consultation. Ils subissent certes eux aussi des pressions mais bénéficient d’un statut qui les protège. Ce n’est malheureusement pas encore le cas des locaux.

Et, à ce titre, l’intersyndicale réitère, conformément à l’engagement de la direction, sa demande que soit entamée, et dans l’urgence, une négociation sur l’établissement d’un véritable statut juridique pour les salariés de statut local et régional.

Intersyndicale CFDT, FO, SNJ, SUD

le 27 octobre 2003