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La Direction doit servir l’AFP, pas les patrons de presse

Les comptes de 2003 et le budget pour 2004 le confirment : toute ambition de voir l’AFP se développer voire même de tenir son rang d’agence mondiale d’information est abandonnée au profit d’une obsession permanente d’économies, avant tout sur la masse salariale. A force de renoncer à toute perspective de développement pour l’Agence, la dégringolade risque d’être inéluctable. Des désabonnements - dangereusement annonciateurs ? - comme ceux de Métro et du Washington Post, des arbitrages de couverture et des menaces contre la couverture comme en Amérique latine, ne laissent pas d’inquiéter.

Et en renonçant à tout développement, la direction nous coupe (consciemment ?) l’accès au Fonds de modernisation de la presse, auquel pourtant l’AFP pourrait légitimement prétendre depuis des années et qui de facto est reservé aux patrons de presse avec malheureusement l’accord explicite de notre PDG !
La voix de son maître doit être la voix de l’AFP, pas celle du Nord, ni d’ailleurs !

En 2003, le Chiffre d’affaires de l’Agence a été en recul pour la seconde année consécutive. Seules les réductions de charge, essentiellement salariales, ont donné satisfaction à notre PDG, qui a affirmé qu’en 2003, "l’AFP s’est bien comportée". Il fallait oser, l’année où il a mis en vente le siège historique de l’Agence !

Pour 2004, cela risque d’être pire : Bertrand Eveno a prévu "un effort important de réductions et de maîtrise des charges d’exploitation" et "l’arrêt d’un certain nombre de structures, d’activités ou de services".

En un mot, tout est fait pour réaliser le vieux rêve de la plupart des patrons de presse de la PQR et d’ailleurs qui veulent toujours plus en payant moins. Pour certains, le seul besoin qu’ils pensent avoir à l’international, compte tenu de l’idée qu’ils se font du journalisme et des besoins de leurs lecteurs, ce sont quelques lignes sur les « gros événements ». Et pour eux l’essentiel est que ce soit pas cher et non que l’information soit fiable et complète, ce que seule une véritable implantation comme l’avait l’AFP jusqu’à présent peut garantir.

Pour ce qui est de l’Etat, sa participation est déjà en baisse depuis une dizaine d’années. Tout en souhaitant disposer d’un outil efficace comme l’AFP (à vil prix par rapport à un porte-avion ou même un Rafale), les gouvernements se refusent à jouer leur rôle d’actionnaire de fait, devant assumer notamment les mutations technologiques indispensables, puisque l’AFP ne peut disposer ni de revenus publicitaires, ni faire appel aux marchés financiers. Heureusement bien sûr mais rassurez-vous : les patrons de presse ne l’autoriseraient pas !!! Quant à espérer du gouvernement actuel, son attitude face à la grève la plus longue depuis dix ans à Radio France, est peu encourageante.

Et pour tous ces « clients », payer toujours moins ne signifie pas obtenir moins de prestations. Les photographes en province sont de plus en lus pressurés pour certaines couvertures sportives au dépend d’autres reportages, notamment société et magazines. Lors de la réunion du 5 février dernier, certains représentants de la presse se sont étonnés que l’infographie soit fermée le samedi ! Bien ! Voudrait-on développer ? Non, car dans le même temps, ils poussent des cris d’orfraie dès que l’on évoque les problèmes de sous-effectifs ou la modernisation technique ou rédactionnelle... et privent sans scrupules les journalistes du simple maintien de leur niveau de vie.

A l’AFP, il est de tradition que les PDG cèdent plus ou moins ces pressions. Avec Bertrand Eveno, ils semblent bien avoir trouvé un exécuteur si zélé qu’un jour peut-être, seront-ils contrariés de ne plus avoir d’agence du tout ...

Ce zèle s’exprime maintenant sans fard :

D’abord, le COM, qui aurait dû être un contrat de développement, mais ne contient aucune ambition pour l’agence, avance seulement des chiffres flous et sans réel fondement, déjà mis à mal par le bilan 2003 et les prévisions 2004.

D’ailleurs, COMme il ne se fait aucune illusion sur ses propres prévisions de recettes, le PDG a dû vendre le patrimoine immobilier de l’agence. Cet argent va aujourd’hui servir à chasser les plus âgés et les plus expérimentés, déjà écoeurés puisque tenus à l’écart des nominations au « déficit » de l’âge... Voilà qui va faire plaisir aux patrons obsédés par les salaires !

Autre sournoiserie qui plaira à nos membres du CA, le PDG entend remplacer des journalistes à statut du siège par des journalistes locaux, certes souvent aussi compétents, mais aussi généralement plus facilement corvéables à merci et moins bien protégés juridiquement.

Même souci pour les partenariats, sans doute indispensables - malgré certaines mauvaises expériences passées -, à condition qu’ils soient porteurs sur le plan rédactionnel et commercial. Or aujourd’hui, on met en place des partenariats de « sous-traitance » destinés à réduire la voilure et faire des économies, encore et toujours : arbitrages rédactionnels, abandon de pans entiers de couverture et d’activité, comme au Brésil, au Mexique et peut-être dans toute l’Amérique latine. Sans parler de pans entiers d’activité comme les matières premières agricoles en France et quoi d’autre bientôt ?

Il en va ainsi de l’accord Getty. « Très bon accord », a dit la direction avec des arguments attrayants au début, jusqu’au jour, où des responsables de Getty ont expliqué leur véritable intention : jouer dans la cour des grandes agences mondiales, notamment grâce à l’accord avec l’AFP. Ainsi, l’AFP s’est liée les mains sur les marchés américains et britanniques, mais rien n’empêche Getty de nous concurrencer ailleurs, notamment en Europe, dont une partie de la direction voudrait faire la « nouvelle frontière » de l’agence.

En tout cas, dans ses réponses sur l’air de « tout va très bien Mme la Marquise » aux inquiétudes des journalistes de Washington, M. Eveno oublie étrangement de donner des chiffres. Il ne rappelle pas par exemple que c’est à partir de 100 abonnés que nous gagnerons de l’argent sur le marché américain. Nous en sommes encore loin, d’après ses données même et pour l’heure, il ressort que nous gagnons moins qu’avant !

Malheureusement, en raison de l’opacité entretenue par Eveno autour de ses projets - d’où la nécessité de recourir au droit d’alerte au CE - c’est toujours par la « bande » ou dans la presse que l’on découvre les mauvais coups (crédit bail et désabonnement du Washington Post, que le PDG n’a pas craint de démentir au CE avant de confirmer dans sa note au personnel).

Pour se justifier, le PDG aime à dire qu’il n’y a pas de raisons que « la République des Pyrénées paie pour le développement de l’agence en Inde ». C’est de l’inconscience ou de la mauvaise foi. Car tout est lié : la crédibilité et la qualité de l’information recueillie de l’AFP dépendent de ses journalistes, des techniques dont ils disposent. Ce sont eux qui ont gagné la confiance des abonnés au fil des années. De TOUS les abonnés qu’ils soient Indiens, Boliviens, Australiens ou ... Pyrénéens. Et cette confiance et la crédibilité qui en résulte ne peut guère se saucissonner, comme aimeraient à le faire croire M. Eveno et ses mentors.

Tous ces renoncements d’une direction pourtant censée protéger et développer l’AFP la frappent au coeur et portent atteinte à son image et la confiance qu’elle inspire. C’est notamment ce qui s’est passé avec le Washington Post, à cause de Getty.

Et pour mémoire, c’est ce qui a entraîné la perte d’UPI qui a aussi recouru à toute sorte d’expédients et de sous-traitants avant de sombrer.

Autre facette anti-AFP de notre direction : son refus obstiné de demander l’accès au fonds de modernisation de la presse, alimenté par la pub, et que les patrons de presse considérent comme une chasse gardée.

Savoureux paradoxe, c’est parce que le Com n’est pas un plan de développement que l’AFP ne peut actuellement y prétendre, nous ont indiqué les sénateurs. Un comble ! Est-ce volontaire de la part de notre direction, afin de ménager nos décideurs ? Lorsque au Conseil supérieur de l’AFP, les élus SNJ ont posé la question de l’accès de l’agence au fonds de modernisation, le principal opposant à la requête a été ... Eveno !

Les idées de développement ne manqueraient pas pourtant, comme le 2xml, l’image animée et la CII à laquelle notre participation n’est sans doute pas au niveau souhaitable, la création ou l’extension de fils ou services dans des langues porteuses, comme le chinois ou le russe, une meilleure utilisation des compétences, notamment des seniors, une vraie réflexion sur la revalorisation des desks...

Une politique prétendant au Fonds de modernisation, grâce à de véritables ambitions pour l’agence est possible si l’on veut servir l’Agence et non des patrons de presse rétrogrades rêvant d’un organisme croupion mais pas cher. A condition de préserver la place de l’Agence face à la concurrence en réaffirmant son rôle mondial, notamment par un développement en Europe et non un repli, comme le prépare le PDG actuel. Et en réaffirmant la mission d’intérêt général de l’agence au sens de l’Union européenne - dont des moyens pourraient être sollicités - en réfléchissant à la place charnière qui devrait être la sienne dans le projet de chaîne d’information internationale continue.

SNJ-AFP

le 25 février 2004