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SNJ-préretraites : signature sous conditions ...

La direction a mis à la signature des organisations syndicales une version définitive du projet de plan de départs volontaires ouverts à son initiative. Ce dernier prend en compte de nombreux acquis obtenus par les délégués du SNJ depuis six mois mais contient toujours des aspects menaçants pour l’agence et son personnel.

Un syndicat l’a déjà signé ce qui valide l’accord, selon la loi.

Un plan comme celui là peut avoir des conséquences dans d’autres entreprises de presse dans toute la France. C’est pourquoi c’est aux centrales syndicales que revient la décision finale de signature. Le bureau national du SNJ, réuni le 11 mai 04, a donné mandat aux délégués à l’AFP de signer si :

  1. La gestion du paiement des rentes est faite en interne et non confiée à un courtier privé, ce qui risque de créer un précédent dans le pays à l’heure où le régime des retraites est menacé
  2. Un engagement de la direction est pris d’entamer des négociations pour créer dans un délai fixé et court un véritable statut régional de base, garde-fou partiel aux tentations de délocalisation
  3. Le remplacement des journalistes de statut siège partant dans la cadre du dispositif soit assuré bien avant 2009, date actuellement prévue par l’accord, et que le nombre de francophones expatriés de statut du siège demeure au moins constant.

CINQ ANS POUR REMPLACER LES PARTANTS, C’EST TROP

Au sein de l’AFP, les avis sont partagés sur ce plan qui en tout état de cause n’est pas un signe de succès ni de bonne santé de l’agence. La question essentielle est celle du remplacement des partants éventuels et elle n’est pas réglée par ce que propose la direction et que malheureusement une centrale syndicale s’est déjà empressée de signer. Cela empêche tout amendement défendant l’emploi des journalistes et la qualité de l’information dans l’agence.

Le texte de l’accord prévoit que : "la Direction s’engage à ce que l’effectif global des salariés permanents (tous statuts) constaté à la date de la signature du présent accord soit de même niveau global que celui constaté au moment des dernières liquidations de retraite à taux plein des adhérents au dispositif". C’est à dire en 2009 !

Cela signifie que nous laissons M. Eveno et son possible successeur totalement libres de jouer cinq ans durant comme ils le voudront avec les effectifs : les abaisser, ne pas remplacer, précariser en recourant à des locaux sous-payés et des sous-traitances systèmatiques "pas chères", introduire des CDD de plusieurs années, etc.

A l’heure où de nombreux bureaux et de services du siège travaillent en flux tendu au bord de la rupture, c’est impensable. La tentation de la délocalisation (outsourcing) qui se manifeste déjà dans le cadre du Com ne sera plus bridée par rien. La conséquence en est non seulement la perte d’emplois pour les journalistes mais aussi la mise en cause à la longue de la qualité et de la crédibilité de l’information fournie par l’agence. C’est la pente fatale qu’avait suivie feu l’agence américaine UPI avant de sombrer complètement.

En 2009, rien n’empêchera la direction du moment de dire qu’elle ne peut respecter l’accord, comme celle d’aujourd’hui qui se déclare incapable de respecter l’accord de 1996 sur le desk Amsud.

Les journalistes de l’AFP ne peuvent donc pas accepter un tel délai qui met en péril leur emploi et la valeur de leur production.

DE VRAIS PROBLEMES

Pourtant, le SNJ se refuse à toute attitude dogmatique et reconnait que le protocole tente de répondre à de vrais problèmes : des jeunes en CDD interminables de plus en plus nombreux ne doutent guère du discours de la direction sur l’impossibilité de titulariser tant qu’il n’y a pas de départs. En même temps, des seniors se sentent "chassés" et traqués sans pespective au cas où ils décideraient de rester.

La direction a répondu positivement à certaines conditions concernant la fiscalité, la couverture sociale des partants, les rémunérations, etc. Mais elle se refuse à envisager une gestion en interne du paiement des "rentes" et des charges sociales y afférant. Elle préfère confier cette tâche au courtier privé Gras Savoie, choisi dans des conditions bien peu transparentes.

Ce choix crée un précédent que le SNJ, premier syndicat de journalistes en France, ne peut cautionner. En revanche, le dépôt des sommes nécessaires auprès de la CNP semble acceptable.

Compte tenu de la situation peu enviable de l’Agence, de la nécessité de maintenir à tout prix notre réseau de couverture mondiale, de la surcharge de travail de nombreux bureaux et services, le SNJ serait prêt à accepter qu’un nombre limité et justifié de journalistes statut du siège partants soient remplacés du point de vue budgétaire par des journalistes de statut régional. Le nombre de journalistes francophones expatriés statut du siège restant pour sa part constant. Et bien sûr, le nombre total de journalistes à statut du siège doit être maintenu au niveau de celui de la date de signature à une échéance définie, plus courte que les cinq ans, prévus actuellement.

POUR UN VRAI STATUT REGIONAL

Le statut régional n’existe pas officiellement et doit être négocié dans un délai précisé dans l’accord. Il peut répondre à l’attente de certains journalistes texte ou photographes non francophones peu désireux d’être contraints de venir périodiquement en France. Mais il doit offrir un certain nombre de garanties en matière salariale, d’ancienneté, de protection sociale. C’est le seul obstacle possible à la délocalisation et au processus de décadence de l’agence qui risque de suivre.

Si ces conditions sont remplies, le SNJ signera.

Car en dépit de toutes les réserves mentionnées, le plan dit Perret, présente aussi des aspects positifs :

  • Une opportunité de prendre une préretraite avant 65 ans dans un contexte général de mesures anti-retraites en France
  • Un revenu stable et garanti pendant quatre ans d’un manière plus fiable qu’avec les Assedic
  • La prolongation de cotisations aux régimes de retraites complémentaires (ARRCO-AGIRC)
  • Une couverture maladie (mutuelle comprise sous condition) et prévoyance
  • La possibilité d’avoir d’autres activités, y compris rémunérées
  • Une porte de sortie pour ceux qui n’ont plus aucune perspectives au sein de l’agence
  • Pour ceux qui restent, sans doute un appel d’air et des perspectives de postes avec des blocages susceptibles d’être levés momentanément.

Enfin, le SNJ considère qu’un tel dispositif est préférable pour les salariés à un plan social pur et simple. Ce n’est pas une vue de l’esprit, compte tenu de l’éternelle volatilité financière que connaît l’AFP en raison de la voracité des patrons de presse, des dérobades de l’Etat et des incohérences de gestion des directions successives de l’Agence.

SNJ-AFP

le 11 mai 2004