Section Agence France-Presse du Syndicat national des journalistes

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CA 2005 : Profession de foi Kochko

Dimitri de Kochko : Pour une ambition à la mesure de notre potentiel !

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Dimitri de Kochko
Journaliste au desk économique à Paris, délégué syndical SNJ et candidat au poste de représentant du personnel journaliste au Conseil d’administration de l’AFP.

L’Agence France Presse remporte des succès rédactionnels dans le monde. Les dernières crises internationales l’ont encore prouvé (Irak, tsunami...). Ses perspectives à l’international sont réelles. La nécessité de son existence dans le monde et son originalité ont été encore une fois démontrées face aux médias anglo-saxons qui n’ont pas toujours su, ni voulu se dégager de leur tropisme.

Mais paradoxalement, l’Agence va de crise en crise. Elle ne parvient pas à résoudre la question de la pérennité de son financement. Au lieu d’afficher l’ambition qu’exigerait ce potentiel formidable et reconnu, les directions récentes n’affichent ni projets, ni évolutions : que des artifices comptables et des machinations claniques dont le scandaleux épisode des bonus et ses suites ne sont qu’une partie émergée.

La rédaction de l’AFP ressent plus qu’ailleurs les humiliations et les frustrations qui lui sont infligées et d’autant plus douloureusement que son attachement à l’agence est fort, que ses compétences sont élevées et son dévouement souvent mis à rude épreuve.

Pour mettre à profit ce potentiel incontestable, pour gagner les marchés à l’international en jouant de l’alternative que représente l’AFP par rapport à l’offre médiatique dominante, encore faudrait-il le vouloir.

Des pistes connues mais délaissées

  • les évolutions techniques retardées (2XML, photo) ;
  • l’utilisation plus rationnelle des compétences et des aspirations ;
  • les zones de marchés linguistiques (Chine, Sous-continent indien, pays russophones...), mais aussi anglophones et hispanophones ;
  • Les "nouveaux" produits, au premier rang desquels l’image animée dont la vidéo, avec notamment la perspective de la Chaine Internationale d’Information.
  • La collecte et le traitement de l’information en dossiers multimedia.

Au lieu de cela, on nous enferme dans un COM peau de chagrin ayant pour seule obsession la réduction des dépenses. Principalement celles rémunérant la principale richesse de l’Agence : la matière grise ! On renonce aux investissements, à toute innovation, aux nouveaux marchés et aux produits qui ne sont nouveaux que pour l’AFP !

Pour la vidéo par exemple, après l’avoir honteusement laissé s’enliser il y a une dizaine d’années, on se refuse à lui donner les moyens de se développer dignement pour se hisser au niveau des agences mondiales concurrentes et jouer un rôle à la dimension de l’Agence, et non de simple sous-traitant, dans la Chaîne internationale.

Le seul financement qu’on arrive à générer, c’est la vente de notre seul actif : l’immeuble. Sans même songer à se donner plus de moyens, puisqu’il s’agit seulement de payer des dettes... et des bonus.

Dans les toutes prochaines années, l’AFP va faire l’objet de réflexions et de discussions, essentiellement politiques, quant à son devenir. Il va bien falloir répondre à la question récurrente depuis des années : que veut-on faire de l’AFP ?

Force et faiblesse de l’AFP

  1. Le statut garantissant son indépendance, dont la remise en cause sert souvent d’aveu d’impuissance aux directions et à quelques politiques, l’empêche de chercher comme des entreprises privées ordinaires des moyens d’investissements sur les marchés financiers. Comme l’AFP est dans un secteur d’activité en évolution rapide, de haute technologie et de forte concurrence, cette question doit être résolue d’une manière originale conforme au statut.
  2. Le statut et la mission de l’AFP l’empêchent de privilégier des créneaux rentables du contenu des médias grand public : star’ac, paillettes, people et des pubs avec leur cortège d’échanges produits. Les quelques tentations en ce sens que nous avons pu connaître sont proprement suicidaires et... stupides puisque l’Agence n’en retire quasiment rien.

C’est ce qui fait que l’Agence France Presse n’est pas une agence comme une autre.

On a déjà cru tout résoudre en nous livrant pour trente deniers à Vivendi avec des suites que l’on n’ose pas imaginer aujourd’hui. Demain, ça ce pourrait être le tour d’un des deux grands groupes militaro-industriels qui ont un quasi monopole médiatique en France.

La Rédaction doit savoir et être entendue

Sans exagérer ni préjuger de l’importance du rôle du Conseil d’Administration de l’Agence, la rédaction doit savoir ce qui s’y fait et doit faire entendre sa voix de manière audible aux patrons de presse et aux commis de l’Etat.

C’est le rôle que je me propose d’assurer si vous décidez de m’élire.

Une fois élu, je serai le représentant de tous sans exclusive : syndiqués, non syndiqués, membres ou non de la SDJ. Concrètement, cela se manifestera par des consultations des forces représentatives, voire si possible de toute la rédaction, pour déterminer notre position dans des moments importants ou décisifs. Le vote pour ou contre ne pourra intervenir que s’il est suscité par un large consensus de la rédaction. En pleine responsabilité mais sans prêter le flanc à l’utilisation par un clan ou un autre. En cas de doute, l’abstention sera la règle. La coordination avec le représentant du personnel non-journaliste sera toujours recherchée.

Expérience et sensibilité syndicale indispensable

Mon expérience syndicale au SNJ (www.snj-afp.org) paraît un atout considérable. Par la connaissance des dossiers, l’expérience des ruses patronales et par le souci constant des intérêts du personnel en même temps que ceux de leur agence. Par exemple contre les projets douteux en matière de photo !

Je suis aussi membre de la SDJ depuis sa création mais la sensibilité syndicale me semble indispensable dans cette fonction au CA. Ne serait-ce que contre la tentation de "l’efficace". Il n’est que de voir les dégâts du tout marché de chez Reuters dont on vante les bénéfices mais qui ne cesse de licencier !

Je suis à l’AFP depuis 25 ans et j’ai d’autres expériences journalistiques. J’ai été dans plusieurs services au siège et j’ai dirigé des bureaux à l’étranger. Je suis convaincu, comme la majorité d’entre vous, de la Mission d’intérêt général de l’AFP, dont le cœur et la garantie sont précisément dans son caractère international.

Il nous faudra faire comprendre aux patrons-clients de régions françaises qui en doutent, que la qualité de l’information qu’ils reçoivent de l’AFP sur le Sri Lanka ou la Bolivie tient au fait qu’elle fournit la même en Inde ou au Vénézuela (les syndicats nous ont bien servi pour sauver Caracas de la casse !) Et qu’il en est de même pour les zones sensibles comme le Proche-Orient.

Il est temps aussi que la mission remplie par l’Agence pour la France trouve les formes d’une mission authentiquement européenne.

Dimitri de Kochko, le 20 février 2005