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Mémo du PDG : bonne analyse, mauvaise solutionLe mémorandum remis par le PDG à trois ministres le 30 mars dernier et rendu public le 13 mai, grâce à l’insistance de vos élus, fait une analyse clairvoyante de la situation de la presse aujourd’hui mais des propositions parfois inquiétantes en matière rédactionnelle et franchement inacceptables en ce qui concerne la transformation de l’agence en société anonyme, même qualifiée de "nationale". Pierre Louette propose dans son mémo de transformer l’agence en Société nationale à capitaux publics (SNCP), dont les actionnaires principaux seraient soit la Caisse des dépôts et Consignations, le Fonds stratégique d’investissement, ou bien encore l’Agence des participations de l’Etat. Une part serait réservée au personnel et une action privilégiée (golden share) à une Fondation qui, dans l’esprit du PDG, serait un "verrou" de protection supplémentaire en même temps qu’un organisme de financement et de contrôle (cf. mémo sur ASAP). Pourquoi la Société Nationale est-elle une fausse bonne idée pour l’AFP ? L’idée de Société Nationale est un effort de ne pas faire tomber ouvertement l’agence dans la sphère de la Société anonyme d’actionnaires qui est par définition soumise à leur bon vouloir, cessible ou Opéable à loisir. Mais il n’y a plus en France de définition juridique à proprement parler de la Société Nationale. Et il y a peu de chances que le Parlement aujourd’hui en crée une. Nous nous retrouvons donc, malgré les mots, dans le cadre d’une société anonyme. Les capitaux publics, qui seraient une garantie dans l’esprit du mémorandum, n’en sont pas vraiment une pour nous : - D’abord parce que rien ne garantit qu’il resteront majoritaires dans cette société au fil des ans : une fois le statut particulier de l’AFP liquidé au profit d’une société de droit commun, il sera aisé de modifier d’une manière réglementaire ou par un amendement de soir d’été la composition de l’actionnariat. De ce point de vue, qui se souvient encore des "noyaux durs" de Balladur, pourtant promis à un avenir durable, lors des grandes privatisations post socialistes ? Il en sera de même de l’AFP, soit pour des raisons budgétaires, soit pour des raisons d’alternance politique pour faire passer l’agence d’un contrôle étatique à celui d’intérêts privés bien disposés à l’égard des princes de la veille. C’est donc à terme une privatisation peu compatible avec l’article 2 du statut de 57, qui garantit depuis plus de 50 ans l’indépendance de l’AFP. - Mais dans l’immédiat, ce n’est pas la privatisation qui menace l’AFP mais une étatisation. Réelle ou supposée. Qu’est ce qui empêchera l’actionnaire public, appelé à investir pour des raisons politiques et stratégiques et non d’intérêt économique en raison du peu de rentabilité de l’activité de l’AFP, d’être une courroie de transmission fidèle et efficace des desiderata du pouvoir en place ? Comment d’autre part justifier auprès de nos clients et abonnés dans le monde un tel statut de "Société Nationale" qui nous fera inévitablement apparaître comme une agence d’Etat bien plus qu’aujourd’hui ? C’est déjà un reproche des concurrents que nous avons souvent dû affronter dans le passé et auquel nous nous heurtons encore. Le statut actuel permet de s’en tirer. Pas une société nationale. Cela risque aussi d’avoir des conséquences commerciales par perte de crédibilité. L’idée de Fondation avancée par le PDG ouvre en revanche à notre avis une réelle possibilité de répondre aux besoins, au moins avoués, qui poussent aujourd’hui à vouloir changer le statut, c’est-à-dire la recherche d’une capitalisation à hauteur de 35 millions d’euros. Cette fondation serait une structure permettant de recueillir des financements publics, en toute conformité aux réglementations européennes de Bruxelles, et privés, grâce à des défiscalisations. Dans le mémo du PDG, elle serait partie intégrante de l’AFP dont elle serait actionnaire et même organisme de contrôle, à l’instar de ce qu’est aujourd’hui le Conseil Supérieur. Or, elle peut être un organisme tout à fait indépendant, fonctionnant comme toute fondation avec une dotation et pour financer la mission d’intérêt général (MIG) que remplit l’AFP dans le monde : en collectant de l’information peu "rentable" financièrement mais indispensable à l’information des citoyens, à la connaissance et à la liberté de la presse, sans oublier la diffusion du français et le rayonnement de la France, tant qu’on s’en soucie encore ! Le statut de l’AFP elle-même, celui de 57, pourrait alors être l’objet d’un "toilettage" comprenant notamment une modification du Conseil d’administration, des modalités techniques sur la comptabilité, la durée du mandat du président et la composition du corps électoral pour l’élection des représentants du personnel au CA. Et bien sûr, des modalités de financement passant par des subventions de fondations. Cette rénovation pourrait peut-être se faire d’une manière réglementaire. Quel que soit le scénario, le SNJ estime qu’il faut à l’AFP un statut ad hoc et "sui generis" —c’est à dire qui lui est propre et qui n’existe pour aucune autre entité— pour lui permettre de remplir sa mission d’une façon pérenne sur tout le territoire national et à l’international. D’autres aspects du mémo du PDG méritent d’être relevés : 1) L’AFP devrait investir dans des produits diversifiés, parfois éloignés de notre métier de base, pour se garantir des revenus que le gouvernement actuel affirme ne plus vouloir assurer. Il s’agit notamment de sites internet, de nouveaux produits numériques et de filiales sur le modèle d’AFP Corporate. Le SNJ de l’AFP estime qu’on ne peut pas rejeter à priori des possibilités d’augmenter le chiffre d’affaires de l’agence pour nous permettre d’exiger, avec plus de chances de gagner, que nos salaires ne soient plus des peaux de chagrin et de lutter contre la précarité qui frappe les jeunes. Mais à plusieurs conditions : que les synergies ou syndications envisagées n’empiètent pas sur la mission de base des journalistes AFP, que les comptes de ces filiales soient transparents pour les organes de contrôle de l’agence et notamment le Comité d’entreprise, que des responsables éditoriaux de services de l’agence n’aient pas de responsabilité au sein de filiales commerciales, compte tenu des conflits d’intérêt qui peuvent en résulter. 2) Les journalistes devraient faire des "produits multimédia natifs" : On n’a pas encore eu d’explications sur ce "natif" mais on craint de comprendre : il s’agirait d’exiger un travail de journaliste orchestre dès la production. Sauf cas exceptionnels, c’est un modèle que nous refusons. Nous faisons déjà du multimédia. Le 4XML permettra d’agglomérer des productions existantes faites dans le respect de la rigueur et de la qualité exigibles par nos abonnés. Pas de faire n’importe quoi pour tenter d’être compétitifs avec les "producteurs d’informations" amateurs qui fournissent des "choses vues" aux sites internet mais se situent hors du champ du journalisme. 3) L’AFP viserait une place de leader sur le marché du "digital story telling", qu’on nous présente comme la fourniture de modules courts d’images animées ou d’infographie. Cela nous fait craindre que soient privilégiés les événements pouvant être présentés de manière simpliste au détriment de ceux nécessitant plus d’explication et de travail en profondeur avec sources multiples. Le SNJ AFP s’associe par conséquent à toute action visant à refuser la structure de société anonyme et appelle l’ensemble du personnel à exiger un statut particulier pour l’AFP, conforme à l’esprit, si ce n’est à la lettre de celui de 1957. le 26 mai 2009 |