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Carton jaune monsieur le Président !

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Le communiqué en version PDF

L’embauche annoncée par le Président un samedi de Pentecôte de M. Frédéric Filloux, super consultant, est pour le moins surprenante si ce n’est incongrue, voire scandaleuse. Alors que tant de journalistes en CDD ne sont plus sûrs d’avoir des vacations après leurs périodes de carences de plus en plus longues et nombreuses, alors que la situation financière de l’agence, aggravée par les chantages de la PQR, contraint les bureaux et les rubricards à des horaires insensés et même les desks à jongler avec des sous-effectifs .

- Surprenante car M. Filloux est à la fois consultant et journaliste (ex- Libération, 20 minutes). Mais à l’AFP, nous sommes plus de 2.000 journalistes de différents statuts. Et la Direction nous dit tous les jours que « l’AFP ne peut embaucher !" quand on lui signale la situation désespérée de certains CDD ! Alors pourquoi cette embauche là (annoncée pour 6 mois) ? Combien coûte-t-elle ? Combien de salaires de CDD ?

- Incongrue car dans le passé, M. Filloux ne s’est jamais signalé par son attachement immodéré pour l’AFP. Chacun pèsera l’euphémisme en navigant un peu sur internet, notamment les blogs si chers au susnommé.

- Scandaleuse peut-être car dans les écrits de M. Filloux, les journalistes de l’AFP sont successivement décrits comme "ossifiés dans leur conservatisme clanique" pour s’être opposés au plan Giuily (Libération, nov. 99) ou encore qualifiés de "membres aigris de sa pléthorique rédaction se laissant aller à des petites brimades" pour n’avoir pas repris une info de 20 minutes (fév 2006 : http://filloux.20minutes-blogs.fr/a...).

Scandaleuse encore quand on lit ce commentaire lapidaire : « Je passe mon temps à dire qu’il faut qu’on supprime notre abonnement à l’AFP, c’est une charge financière colossale. » (Mars 2007 : http://www.liberation.fr/medias/010...)

Scandaleuse enfin, car l’un des credo de M. Filloux est que la crise de confiance actuelle du lectorat à l’égard du journalisme serait due... aux 35 heures !!! (http://www.slate.fr/blog/4483/la-qu...) avec des affirmations du genre : « les lecteurs qui se sont mis à trouver que la qualité baissait (forcément, avec 14 semaines de congés payés, on loupe une parution sur trois pour un quotidien) ; lesdits lecteurs l’ont d’ailleurs fait chèrement payé par une désaffection de leurs journaux. » (NDLR cité en copié-collé ...).

On pourrait peut-être suggérer à M. Filloux de chercher du côté des connivences et des complaisances, sans parler du carriérisme sans scrupule de "chiens de garde" pour expliquer la chute de confiance des lecteurs et téléspectateurs français. Mais pas de polémiques !

Ajoutons encore à son palmarès, un soutien sans nuance et étonnamment bruyant au plan Giuily de triste mémoire qui visait à offrir l’agence au sieur Jean-Marie Messier de Vivendi, alors au faîte de sa popularité. On n’ose imaginer où on en serait aujourd’hui ! AP et Reuter n’auraient plus de concurrent.

Mais, peut-être est-ce le but poursuivi aujourd’hui ? Avec le plan de transformer l’agence en société anonyme, le projet de s’attaquer aux conditions de travail et aux acquis sociaux, mis en évidence par cette embauche d’un énième consultant dont le fonds de commerce s’est bâti sur l’attaque anti-journalistique et antisociale.

Nous avons eu dans le passé de nombreux cabinets de consultants. Ils ont peu servi. Souvent, ils ont nui. Tous ont coûté de l’argent. Doit-on recommencer ? D’autant qu’un cabinet juridique travaille déjà pour l’agence. Alors à quoi servent de telles provocations ?

Le recrutement de M. Filloux aura au moins servi à une chose : prouver que les embauches sont possibles à l’AFP. Le SNJ-AFP demande qu’il soit mis un terme à la politique d’élargissement à l’infini du nombre de CDD (pour éviter qu’ils acquièrent trop d’ancienneté !). Que les plus anciens de nos CDD soient repris à l’issue de leurs délais de carence. Et bien sûr qu’à terme ils soient enfin titularisés.

Car n’en déplaise à M. Filloux, la précarité est une des plus grandes menaces qui pèse sur le journalisme, transformant des professionnels en serfs de la plume, dont les lecteurs se détourneront avec assurément plus de raisons que du fait des 35 heures !

Mais peut-être est-ce ça aussi que vous souhaitez M. le Président ?

le 5 juin 2009