Section Agence France-Presse du Syndicat national des journalistes

SNJ-AFP

Agence France-Presse Branch of the French National Journalists' Union (SNJ)

Actualités et opinions



 

Hot News oui, pages froides non !

Les "nouvelles offres" AFP aux clients, notamment des pages froides toutes faites destinées à la presse régionale française qui rêve depuis longtemps de récolter de la pub sans employer de journalistes, sont d’ores et déjà au centre des préoccupations de la rentrée, aussi bien à l’agence que dans l’ensemble de la presse en France.

Le SNJ-AFP s’est toujours battu pour le développement de l’agence, l’introduction de nouveaux produits et l’utilisation rationnelle des nombreux gisements de valeur latente pour assurer la pérennité du financement de l’agence. Il ne va donc pas s’opposer aux seules propositions de développement depuis des années !

Encore faut-il que ce soit un développement pour l’agence et pour le renforcement de sa mission d’intérêt général d’information. Et non une façon de satisfaire une seule catégorie de clients, qui ne pèsent que pour 10% dans notre chiffre d’affaires mais jouent sur leur sur-représentation historique au Conseil d’administration pour demander toujours plus.

Développement oui, chômage des journalistes non !

En tant que premier syndicat national de journalistes, le SNJ ne peut cautionner des projets qui visent à porter atteinte à l’emploi de nos consoeurs et confrères et menacent d’éloigner l’agence de son coeur de métier : informer en toute indépendance, et sans se plier aux exigences rédactionnelles et techniques des annonceurs publicitaires de nos patrons clients. Comment en effet concevoir une page "clés en mains" sans être contraints par les encarts publicitaires ? D’autant que la presse française est en grande partie liée aux grands groupes industriels qui fournissent une part non négligeable de son propre marché publicitaire. Peut-on vraiment créer un "supplément thématique" tout fait sur les produits de luxe par exemple sans tenir compte des exigences de LVMH ?

La direction de l’AFP doit servir l’AFP, pas la voix de son Maître ! Elle doit proposer et fournir de nouveaux produits à tous ses clients. A la fois pour augmenter ses revenus, garantie supplémentaire de son indépendance, et pour offrir une information plus variée et plus complète sur davantage de supports, conformément à sa mission. Et non des éditions standardisées placées dans une logique de délocalisation. Aujourd’hui de nos provinces et demain ?

Les nouvelles offres de la direction

Présentées sur l’intranet de l’AFP, les "nouvelles offres" proposent :

  • suppléments "clés en main" et pages froides thématiques toutes faites.
  • "grand magazine" textes et photos.

Le tout diffusé grâce à de nouveaux moyens de distribution de serveurs "self service", à coté de la logique de fils.

Au lieu de tout expliquer clairement, la direction a encore une fois préféré dissimuler, ruser, peut-être garantir des passe-droits (notamment à la photo semble-t-il), grenouiller des nominations. Cela a bien légitimement éveillé la méfiance parmi la rédaction et induit amalgames et confusion.

Le fameux rapport Lepinay

Maladresse ou manoeuvre de plus, la direction a caché un rapport commandé à un ancien journaliste dénommé Lepinay, devenu consultant de la PQR. Il a rendu un texte reprenant sous une forme souvent caricaturale les exigences habituelles de nos "patrons-clients" sur le thème du toujours plus pour toujours moins.

Les syndicats ont obtenu la publication du rapport sur l’intranet de l’AFP après que la CGT en a distribué le texte aux élus du CE. C’est ce "consultant" qui préconise de livrer à la PQR des pages "clés en main".

Il nous ressert les vieilles lunes sur le thème de "l’AFP nous sert avec suffisance des informations du bout du monde dont nous n’avons rien à faire, au lieu de nous parler People, comme le veulent nos lecteurs et annonceurs !" Evidemment, on n’échappe pas à l’antienne sur "l’AFP toujours en grève". Mais plus inquiétante, la "philosophie" même de la prose lépinienne : "c’est le client qui dictera la production de l’agence". Il s’indigne de ce que l’AFP au contraire, se permet de faire valoir que "c’est l’info qui commande, pas le client".

Conformément à son statut et à sa mission !

Corporate, pas corporatisme

Autre "nouveau produit" : les "commandes corporate", aujourd’hui à la photo et demain peut-être ailleurs.

Le "corporate" à la photo désigne des commandes à part, faites par divers institutionnels qui les paient. Ils en font ce qu’ils veulent, y compris de la publicité.

Accessoirement, ils nous autorisent à archiver et publier des photos (d’endroits parfois peu accessibles) si l’actualité l’exige.

Les commandes "corporate" à la photo posent des problèmes essentiellement parce que les modalités n’ont pas été définies. Sur le principe, on ne voit pas pourquoi l’agence se priverait des ressources que peuvent générer les savoir-faire de ses personnels pour des prestations de service qui n’interfèrent en rien avec sa mission d’information.

Cela s’est fait dans le passé : un service features prenait commande de textes et de photos, voire de documents pour des organes de presse, et la technique faisait du "carrier" sur nos fils sans s’interroger sur le contenu.

Encore faut-il jouer le jeu de la transparence : définir les limites déontologiques de ce qu’on accepte de faire, poser tous les gardes-fous nécessaires sur la publicité et les lobbies et surtout définir les conditions de nominations, d’attribution des missions, de rémunérations, de droits d’auteurs, d’utilisation par les clients, etc.

Pourtant le directeur AFP destinataire du rapport en a une lecture pour le moins complaisante : "la phrase crue selon laquelle l’AFP ne s’intéresse pas à ce qui intéresse nos lecteurs ne peut être ignorée", écrit-il.

Soyons clairs : pour le SNJ-AFP, le rapport Lepinay et ses exigences sont une chose, développer et vendre de nouveaux produits en est une autre.

Contrairement à ce que voudraient nous faire croire Lepinay et ses semblables (chez nous et ailleurs), l’AFP n’est pas "une agence comme une autre". Son but n’est pas de garantir un maximum de profits à ses actionnaires (inexistants en dehors des contribuables français) mais de remplir une mission d’intérêt général en garantissant au citoyen de France, d’Europe et du monde une information fiable et la plus objective possible.

Cela ne signifie pas que l’AFP doive être un fort Chabrol. Elle doit gagner de l’argent pour rationnaliser sa gestion, se garantir son indépendance et se donner plus de moyens de se développer.

C’est pourquoi on serait mal venus aujourd’hui de rejeter des propositions de nouvelles rubriques, et de nouvelles technologies . Surtout si elles peuvent garantir ou créer des emplois, soit par redéploiement soit par créations de poste.

Le fil reste au centre, la périphérie se développe !

La sortie de la seule logique de fil est inévitable. Il est hors de question d’attenter à son existence, métier de base de l’Agence. Mais l’utilisation plus complète et rationnelle de nos informations recueillies dans le monde ne peut que réjouir. La renaissance d’une activité de magazine et d’approfondissement, parallèlement au fil des "hot news", n’a rien de choquant ni de contradictoire avec la mission de l’AFP. Au contraire.

On peut se réjouir que l’AFP fournisse articles, photos, infographies, voire images animées sous forme de dossiers achetables à la pièce mais il est inacceptable qu’elle fournisse des pages toutes faites. Même en se parant du cache-sexe d’un "sous-traitant" pour la PAO et l’édition...

L’enjeu c’est une évolution historique de l’agence. Elle exige une concertation véritable et un minimum de respect du dialogue social. Ce n’est pas le point fort de notre PDG ! Le personnel saura lui rappeller une fois encore si nécessaire qu’il doit servir l’agence et non l’utiliser au profit d’une partie de son Conseil d’administration.

Le SNJ appelle par conséquent le personnel :

  • à refuser les pages toutes faites "clés en main", tout en acceptant les nouveaux produits multimedia distribués par dossiers. Les "nouveaux produits" ne doivent pas contenter la seule PQR, ils doivent pouvoir être proposés à tous les autres clients et abonnés partout dans le monde.
  • à exiger que les prestations supplémentaires soient attribuées et rémunérés dans des conditions clairement définies et respectées ensuite, et que les intérêts et les droits des auteurs photos et texte soient respectés
  • a veiller à ce que sur le plan rédactionnel, les missions ne nuisent pas au fonctionnement du fil et restent conformes à la mission d’intérêt général de l’agence, définie par son statut et à la déontologie journalistique.

le 8 septembre 2005