Section Agence France-Presse du Syndicat national des journalistes |
SNJ-AFP |
Agence France-Presse Branch of the French National Journalists' Union (SNJ) |
Actualités et opinions
|
Imposer un vrai développement à l’AFP
La mobilisation de l’ensemble des salariés de l’AFP contre l’arbitraire et le gaspillage symbolisés par les super primes de la direction, a révélé l’attachement du personnel à notre entreprise et sa capacité à s’engager pour défendre à la fois sa mission d’intérêt général et son outil de travail. A la Libération, ce sont des journalistes qui ont fait renaître l’Agence. En 1980, c’est grâce au personnel et à ses organisations syndicales que l’AFP s’est dotée d’un service photo international, car la direction de l’époque voulait tout simplement supprimer le service ! Plus près de nous, c’est encore le personnel qui a évité à l’agence d’être livrée sur un plateau au Vivendi de Jean-Marie Messier à la veille de l’éclatement de la bulle Internet. On ose à peine imaginer ce qui resterait de l’AFP aujourd’hui si l’un ou l’autre de ces projets avait pu être mené à bien. Aujourd’hui, l’encre est à peine séchée sur l’accord signé à la suite de l’affaire des bonus que le personnel se trouve face à une nouvelle menace, qui concerne encore une fois l’unicité de l’agence. Service photo : une nouvelle menaceLors d’une réunion avec le personnel du service photo il y a quelques jours, la Direction a annoncé un très vague projet consistant à transformer le service en "région", voire en "quasi région". Il s’agirait notamment de doter le service, dont les coûts de développement ont été financés comme il se doit par l’ensemble du dispositif AFP, d’une "nécessaire autonomie financière, technique, commerciale, DRH et rédactionnelle". Malheureusement aucun argument tant soit peu sérieux n’a été avancé pour justifier ce projet, qui fleure bon les recettes de "pré-privatisation". Une autonomisation de la photo permettrait paraît-il de mieux gérer des tableaux de service (sic) et de rendre visite aux photographes de province ! Présenter une évolution aussi importante en se moquant à ce point du personnel, en voulant d’une façon aussi évidente brouiller les cartes, crée évidemment une énorme inquiétude dans le contexte actuel. Est-il vraiment impossible pour la direction d’expliquer clairement ses intentions si elle est de bonne foi ? De justifier des changements par les évolutions commerciales, techniques ou rédactionelles ? N’oublions pas que toutes les évolutions rédactionnelles et techniques vont actuellement dans le sens d’une centralisation. Nous quittons peu à peu le seul service par fil pour des dossiers multimedia complets. Où est alors la logique de choisir ce moment pour détacher la photo du reste de l’agence ? Pourquoi ne pas répondre aux questions posées lors des rencontres au service photo ou avec les syndicats ? Surtout, rien de ce qu’annonce la direction ne semble se fonder sur une volonté de développement de l’agence et de ses moyens. En revanche, des "projets" aussi mystérieux que volontairement confus ne laissent pas d’inquiéter. On nous contraint à des conditions de travail extrêmes dans les services par manque de matériel et de personnel. Nos revenus ne progressent plus depuis des années, nos primes sont quasiment supprimées et nos droits d’auteurs sont niés. L’immeuble de l’agence est vendu, non pour investir mais pour payer les incuries des directions successives, dont la liste est trop longue pour la résumer ici. Rappelons simplement quelques projets de pseudo-développement du type "Mine and Yours", ce service financier mort-né de l’époque Miot, ou Global Ethics Monitor, le boulet que traîne encore l’actuelle Direction, avec des loyers new-yorkais payés pour rien. Sans parler des autres formes de gabegie : les directeurs sans affectation qui gagnent maintenant des procès ruineux pour l’agence, les voyages gérés en dépit du bon sens, et bien sûr les bonus. Sans parler du gâchis permanent que représente l’absence totale et chronique de gestion des compétences et des carrières. Plus de questions que de réponsesCoïncidence intéressanteLe courtier d’assurances Gras Savoye, qui a été choisi sans aucun appel d’offres pour gérer une partie du plan de préretraites de l’Agence, parraine un prix "destiné à encourager la jeune photographie" dans le cadre des Rencontres Internationales de la Photographie d’Arles. (Cf http://www.grassavoye.com/ : rubrique "actualités - événement"). Or le président du conseil d’administration de l’Ecole nationale supérieure de photo d’Arles, organisatrice de ces rencontres prestigieuses, n’est autre que notre cher PDG. On devrait en être fier. Et voilà qu’on en est inquiet... Infographie en espagnolAutre affaire qui nous laisse perplexe : l’intention annoncée de la Direction de transférer la cellule "infographie en espagnol" de Paris à Montevideo, avec la perte de deux postes au siège. Rappelons que selon un accord signé en mars, l’avenir de ce service devait faire l’objet d’un rapport. On l’attend toujours. Le PDG a privilégié son domaine chéri de la photo depuis qu’il est à l’agence : commercial réorganisé, sortie du consortium européen EPA (une bonne chose), accord Getty (plus discutable), primes amicales, etc. Il présente un chiffre d’affaires en très forte hausse mais à nouveau sans aucune transparence : que représente dans ce chiffre la part Getty ? Qui paie les commissions commerciales : seulement nous ou fifty-fifty avec Getty ? Et puis surtout que coûte exactement tout ça ? Quelles sont les marges réelles de la photo ? Pourquoi Getty fait-il des photos d’actu en France et les vend-il grâce à nous ? Pas de réponses. Alors, on en vient à douter : le PDG ne veut-il pas sortir sous une forme ou une autre plus ou moins filialisée la photo, aujourd’hui potentiellement rentable, du reste de l’agence ? La filialisation de services entiers de l’agence comme la photo, les sports... feraient de l’AFP une simple structure redistributrice, dont le déficit chronique serait éventuellement payé par le contribuable. (Pour en savoir plus sur l’affaire Getty, voir sur notre site le communiqué du syndicat US daté du 13 février 2004). Fonds de modernisation de la presseSi tels sont réellement les projets, on comprend pourquoi toute perspective de développement de l’ensemble de l’agence n’est pas à l’ordre du jour. Pourquoi le COM est strictement un plan comptable visant à réduire le personnel et les moyens de travailler. Pourquoi le PDG met autant de réticence à demander l’accès pour l’AFP au Fonds de modernisation de la presse, comme ne cesse de le demander le SNJ. Il reste de l’argent inemployé dans ce fonds, qui est financé par la publicité non-media. Et l’AFP a toute légitimité d’y recourir malgré les oppositions des patrons de presse ! Encore faudrait-il qu’elle ait des projets de développement et pas seulement des idées de réduction de personnel et de "quasi-régionalisation" très douteuses ! Les développements gelés ou "quasi-abandonnés" à l’AFP ne manquent pas : le langage 2XML en technique, les développements Internet, la vidéo, notamment en vue de jouer notre vrai rôle dans la future chaîne internationale qui finira bien par exister. C’est dans ce sens du développment réel de l’AFP qu’agira le SNJ. Il appelle l’ensemble du personnel à le soutenir dans sa demande d’une plus grande clarté quant aux projets de la direction et à se tenir prêt à défendre l’Agence en imposant, une fois encore, son développement véritable. le 29 octobre 2004 |